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Néerlandais d’origine, Johannes Bronkhorst fait des études de sanscrit à Poona (Inde) où il obtient son doctorat en 1979. L’année suivante, il passe un second doctorat à l’Université de Leyde (Pays-Bas). Nommé Professeur ordinaire à l’Université de Lausanne (Suisse) en 1987, il est l’auteur de nombreux articles sur la philosophie indienne, le sanscrit, le bouddhisme et le jaïnisme.

 

Nous vous conseillons « Au origine de la pensée indienne », 2008 au édition Infolio, Gollion (Suisse).

 

 

Extrait de « L’expression du moi dans les religions de l’Inde & la Bhagavadgitâ » de  Johannes Bronkhorst « 

In: Revue de l’histoire des religions, tome 220 n°1, 2003. pp. 81-105.

 

 

Celui qui cherche la connaissance du soi vit, le plus souvent, la vie d’un ascète. Celui qui a trouvé cette connaissance, le libéré en vie, lui aussi, vit une vie retirée, selon la plupart des textes, La célèbre Bhagavadgitâ, d’autre part, tout en insistant sur la nature immuable du soi, en tire une tout autre conséquence.

 

Rappelons que la Bhagavadgitâ relate la conversation entre le guerrier Arjuna et son cocher Krsna, qui est en même temps le Dieu suprême, conversation qui a lieu juste avant la grande bataille devant opposer plusieurs membres de la famille de Arjuna. Ce dernier est dégoûté par la perspective du massacre imminent de ses parents et amis, et envisage de s’en retirer. Krsna n’est pas d’accord. Voici ses raisons’ :

 

Tu t’apitoies là où la pitié n’a que faire, et tu prétends parler raison! Mais les sages ne s’apitoient ni sur qui meurt ni sur qui vît… L’âme, dans son corps présent, traverse l’enfance, la jeunesse. la vieillesse: après celui-ci elle revêtira de même d’autres corps. Le sage ne s’y trompe pas… Les corps finissent; l’âme qui s’y enveloppe est éternelle, indestructible, infinie. Combats donc, ô Bhârata !

 

Croire que l’un tue, penser que l’autre est tué, c’est également se tromper; ni l’un ne tue, ni l’autre n’est tué… Celui qui… connaît [l’âme] pour indestructible, éternelle, sans commencement et impérissable, comment cet homme, ô fils de Prtha, peul-il imaginer qu’il fait tuer, qu’il tue ?… [L’âme) ne peut être ni blessée, ni brûlée, ni mouillée, ni desséchée; permanente, pénétrant tout, stable, inébranlable, elle est éternelle. Insaisissable aux sens, elle ne peut être imaginée et n’est sujette à aucun changement. La connaissant telle, tu ne saurais concevoir aucune pitié.

 

Ici, donc, la nature inchangeable et impérissable de l’âme est utilisée comme argument pour ne pas s’abstenir de la tuerie d’une bataille. L’âme, selon cet argument, n’est en tout cas pas tuée, ni ne tue non plus. La suite de la Bhagavadgitâ introduit d’autres raisons pour convaincre Arjuna de participer au combat, raisons d’une envergure plus générale, également applicables à d’autres métiers que seulement celui de guerrier.

 

La question centrale est de savoir comment se débarrasser des effets de ses actes (karma). On rencontre deux manières d’y répondre: d’une part, l’inaction totale; d’autre part, la réalisation que le vrai soi ne participe pas aux actes du corps et de l’esprit. La Bhagavadgitâ, tout en acceptant la nature non agissante du soi, ajoute une troisième réponse à la même question. Selon ce texte, il faut agir, sans pourtant s’attacher aux résultats, aux fruits de ses actes. Comme le dit Krsna :

 

Ne te préoccupe que de l’acte, jamais de ses fruits. N’agis pas en vue des fruits de l’acte; ne te laisse pas non plus séduire par J’inaction. N’agis qu’en disciple fidèle du yoga, en dépouillant tout attachement, ô Dhananjaya, en restant indifférent au succès ou à l’insuccès: le yoga est indifférence. Car l’acte, ô Dhananjaya, est infiniment inférieur au détachement intérieur; c’est dans l’esprit qu’il faut chercher le refuge. Ils sont à plaindre, ceux qui ont le fruit pour mobile.

 

Ailleurs, Krsna utilise la terminologie du Samkhya pour montrer que les actes ont lieu dans la matière, et que le soi n’en est pas touché. La seule connaissance de ce fait ne suffit pourtant pas. On doit, en outre, non pas arrêter les actes du corps, mais s’en détacher. On laisse, pour ainsi dire, le corps continuer son rythme normal, sans s’y attacher.

 

Mais quel est le rythme normal du corps qui détermine son activité habituelle? C’est le devoir lié à l’état qu’on a dans la vie. Le devoir d’un guerrier est de se battre. Comme le dit Krsna: « … rien pour le ksatriya ne passe avant un combat légitime. » Un brahmane a d’autres devoirs, comme en ont les autres castes. Il est impératif, il faut le préciser, que chacun suive son propre devoir : « Mieux vaut accomplir, fût-ce imparfaitement, son devoir propre que remplir, même parfaitement, le devoir d’une autre condition; plutôt périr en persévérant dans son devoir; assumer le devoir d’une autre condition n’apporte que malheur. »

 

 

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