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Le combat sanglant



On se rend compte qu’on vous a balancé la Bhaghavad Gitâ un peu rapidement et sans vous y introduire.


Le problème est que dès qu’on fait référence aux mythologies et aux textes de l’Inde ancienne on tombe dans un univers vaste et compliqué tant au niveau de l’abondance des mythes, des dieux et des personnages (et des noms ! vous allez voir) en ce qui concerne les textes épiques et mythologiques (ex : Ramayana, Mahâbhârata), qu’au niveau des significations et des concepts en ce qui concerne les textes qui ont trait aux rituels (ex : Veda) et aux textes spéculatifs et/ou philosophiques (ex : Upanisad, Yoga sûtra).


Par ailleurs il y a une réelle difficulté dans la pensée indienne à séparer philosophie, mythes et religion et une épopée fondatrice comme le Mahâbhârata, aussi haute en couleurs soit-elle, ne vaux finalement que par les significations et les enseignements qu’elle est sensée dispenser sur l’origine du monde, la nature du temps et l’action des hommes. Le Mahâbhârata est d’ailleurs un mélange d’épisodes romanesques (ce qui n’empêche pas de vouloir y trouver une signification) et de passages clairement spéculatifs (justement comme la Bhaghavad Gita). Cette difficulté d’abord se trouve encore renforcée par l’univers langagier du Sanskrit (langue indo-européenne dont les premières traces datent du milieu du 2ème millénaire avant J.C. et qui est devenue la langue sacrée, intellectuelle et diplomatique de l’Inde ancienne) auquel le commun d’entre nous est peu habitué.


Ceci étant précisé, et bien conscient qu’il n’est pas très sérieux de prétendre s’y retrouver sans étudier très sérieusement la chose, rien ne nous empêche de prélever un bout de ce corpus et d’en faire notre miel sans se préoccuper d’aucune manière d’une érudition qui de toute façon nous fait défaut. Et si la Bhâgavata Gita a depuis longtemps été isolée du reste c’est bien parce que c’est un texte qui permet ce genre de privauté : simple extrait du « Mahâbhârata », la grande épopée indienne dont elle ne représente que sept cents versets , ce qui en fait un très petit passage, et apparemment beaucoup plus tardif que le reste du texte, on peut la  considérer comme une sorte d’évangile de l’hindouisme.


Donc sans prétendre vous offrir les éléments suffisants pour  vous y retrouver – ce qui n’est d’ailleurs pas à notre portée – on vous offre quand même ici ceux que nous estimons suffisants pour calmer l’insatisfaction normale de quiconque confronté à une absence trop grave de repère.


Au delà cela, il reste la preuve – par le miel – , comme nous le disions.








Qu’est ce que le « Mahâbhârata »?



Long poème rédigé en sanskrit comportant 90.000 strophes et divisé en 19 livres il est attribué au sage légendaire Vyâsa et a été en fait rédigé entre le 4ème siècle av. et le 4ème siècle apr. J.-C. C’est une épopée dont le récit relate une guerre dynastique au cours de laquelle les « héros », les frères Pândava (fils de Pându), reconquièrent la souveraineté sur la terre  dont leurs cousins les avaient privés à l’occasion d’une partie de dés truquée. Cette guerre est aussi la mise en scène épique d’une eschatologie (théorie de la fin des temps), destinée à préluder, dans le contexte d’une conception cyclique et non linéaire du temps (« l’éternel retour »), à sa renaissance.


Précisons que selon la légende, le texte fut dicté Ganesh-21à Ganesha (dieu de la sagesse, de l’intelligence, de l’éducation, patron des écoles et des travailleurs du savoir : c’est le dieu qui lève les obstacles des illusions et de l’ignorance)  par Vyasa (dont le nom signifie en sanskrit compilateur).


Vyasa est en réalité le nom donné à l’auteur mythique des écritures védiques (compilation de prescriptions rituelles datées de 1.800 à 1.500 ACN), ainsi que des grandes épopées hindoues. La tradition brahmanique (postérieure au Véda) considère que les textes du Veda ne peuvent avoir été composés par un auteur humain et qu’ils sont éternels. Il a fallu cependant qu’ils fussent reçus, au début d’un cycle cosmique, par des êtres privilégiés, les rsi (rishis), puis que quelqu’un d’autre se chargeât de mettre en ordre les poèmes, formules rituelles, prescriptions liturgiques, etc., dont les rsi avaient eu la révélation. C’est à ce travail d’arrangement du Veda que la tradition brahmanique attache le nom, mythique, de Vyasa. Par extension, on considère que ce même personnage aurait également compilé les deux grandes épopées, le Mahâbhârata et le Ramayana, et tous les Purana (textes de caractère épique dont la composition s’étale entre le IVe et le XIVe siècle) cela revient à dire que Vyasa désigne plutôt une fonction qu’un individu.



Le récit


Les dieux promettent à la Terre, qui se plaint d’être surpeuplée, de s’incarner dans les membres de la lignée royale des bharatides, et de susciter entre eux un combat fratricide qui décimera l’humanité (c’est peut-être d’actualité!). Parmi la postérité de Bharata figure un certain Kuru et bien que l’appellation de «  Kaurava » (descendant de Kuru) sera réservée dans l’histoire à l’un des partis, celui de Dhrtarastra, les uns comme les autres descendent tous de ce Kuru.


Un de ses arrière-petits-fils, le roi Santanu, a, dans sa jeunesse, de la nymphe Ganga (le Gange personnifié) un fils sage et vertueux, Bhisma (avatar de Dyu, le ciel diurne). Il a ensuite une seconde épouse, Satyavatî (fille d’un pêcheur Santanu l’avait aperçut au cours d’une partie de chasse et avait été subjugué par son parfum) qui elle-même avait eu à l’insu de tous un fils, Krsna, qu’elle avait abandonné dans une île; aussi appelait-on Krsna Dvaipayana (l’îlien) cet enfant qui, parvenu à l’âge adulte, se retira dans la forêt pour y mener une vie d’anachorète.


Satyavatî donne à Santanu deux autres fils (Citrângada et Vicitravîrya), qui meurent sans avoir eu d’enfant : l’un est tué dans un combat, l’autre est de santé fragile et, bien qu’il ait deux épouses, il meurt sans laisser d’enfants. Or, dans la perspective indienne, imprégnée de croyances et de préceptes védiques, n’avoir pas de fils pour continuer la lignée et pour offrir les sacrifices qui maintiennent dans l’autre monde une certaine vie aux ancêtres apparaît comme un désastre. Suivant une coutume ancienne, qui rappelle celle du lévirat, on a recours, en pareil cas, au frère du défunt; mais Bhisma, qui pourrait faire l’affaire (voir plus haut), s’était engagé solennellement à ne jamais procréer en réponse à l’exigence du père de Satyavatî désireux de voir un fils de celle-ci devenir roi d’Hastinapura (ville qui était située au bord d’un ancien lit du Gange, au nord-est de l’actuelle Delhi). Bhisma est droit et juste en ne peut faillir à son engagement.


Satyavati se souvient alors de son autre fils, l’ascète, (Krsna) qui a pris le nom de Vyasa. Les deux épouses de Vicitravîrya, afin de perpétuer la lignée, acceptent de s’unir avec lui bien que sa laideur est telle et son aspect si repoussant que les deux princesses défaillent d’horreur à son approche : pendant l’étreinte, l’une fermera les yeux de dégoût et enfantera un aveugle, Dhritarâshtra, qui comme tel sera disqualifié pour la royauté ; la seconde s’évanouira et à cause de sa grande pâleur elle enfantera un fils au teint pâle, Pandu (le Blême), qui lui accédera au trône.


Mais une malédiction condamne Pandu à mourir s’il s’unit charnellement à une femme : le sort s’acharne donc sur les Kaurava et le même problème se repose donc de génération en génération.


kuntimarionetteOr Kunti, la première épouse de Pandu, a reçu jadis un don curieux d’un brahmane : elle peut, en invoquant n’importe quel dieu, concevoir de lui un fils. Jeune fille, elle en avait même fait l’expérience en cachette avec  Surya, le Soleil. Avec l’accord de son mari elle s’unit successivement à trois dieux et a successivement trois fils qui seront les Pândava, fils de Pandu qui en a accepté la paternité : ce sont Yudhisthira, pieux et vertueux, né de Dharma (l’incarnation de la Justice ou de l’Ordre) ; Bhima, belliqueux et impétueux, fils de Vayu, le dieu du Vent ; et Arjuna, l’Archer, le guerrier réfléchi et scrupuleux, le plus beau des trois, fils d’Indra, le chef des dieux. Puis elle accepte de faire bénéficier de son don la seconde épouse du roi, Mâdrî (qui veut aussi connaître l’amour, on la comprend) mais une seule fois seulement. Mâdrî invoque judicieusement les Açvin (les dieux jumeaux guérisseurs, les Dioscures indiens) et donne naissance à deux jumeaux, Nakula et Sahadeva, ce qui fait que les Pândava seront cinq au total.


De son côté, Gândharî, l’épouse de Dhritarâshtra (celui qui avait été écarté de la royauté, voir plus haut), enfante une boule de chair qui, répartie entre cent pots, donne naissance à Duryodhana, une incarnation de Kali (l’âge mauvais, celui de la fin du monde) qui sera, violent, injuste, jaloux, haineux et dont la mauvaise nature sera la cause de la rivalité entre les princes – et à 99 cadets : les Kaurava (nom désormais réservé à la descendance de Dhritarâshtra).


Après la mort de Pandu, Dhritarâshtra assure l’interrègne, et les cousins grandissent ensemble à sa cour, recevant en particulier les leçons d’un brahmane guerrier, Drona (avatar de Brihaspati, le précepteur des dieux). Très vite, une rivalité grandissante les oppose : de tempérament violent, Bhima, l’enfant du Vent, se heurte fréquemment à Duryodhana ; mais celui-ci ne supporte pas mieux la beauté et l’adresse d’Arjuna ni la vertu de Yudhisthira. Vertu exceptionnelle qui incite Dhrtarastra (qui exerce donc le pouvoir depuis la mort de son frère), à proclamer prince héritier son neveu (Yudhisthira) plutôt que son propre fils (Duryodhana). Furieux, ce dernier, par des artifices divers, décide son père à exiler les Pandava et leur mère dans la forêt.


Durant cet exil, les cinq princes apprennent que se tient chez Draupada, souverain du Pañcala, le « svayamvara » (cérémonie pendant laquelle la fille choisit un époux) de sa fille Krsna Draupadi (la draupadienne, avatar de Shrî, déesse de la fortune). Ils s’y rendent sous un déguisement, et Arjuna, vainqueur dans le concours à l’arc, est choisi par la princesse qu’il ramène tout triomphants à sa mère : « Nous avons gagné un trésor. » Sans savoir de quoi il s’agit, Kunti, mère équitable, répond : « Mes enfants, il faut le partager. » : ainsi Draupadi devient-elle l’épouse des cinq  à la fois (cette belle entente entre frères laisse rêveur…).


Après l’exil dans la forêt, Yudhishthira obtient la moitié du royaume de son père, l’autre moitié revenant à Duryodhana qui continue pourtant à être extrêmement jaloux du vertueux Yudhishthira. Il lui propose alors une partie de dé – en réalité truquée  – et Yudhishthira, dont la faiblesse dans cette somme de vertus est un amour immodéré du jeu, perd tous ses biens, son royaume, ses  frères et leur épouse commune qui est insultée publiquement et amenée comme esclave ; le roi Dhritarâshtra annule la partie, mais Yudhishthira en accepte une seconde et la perd aussi, de telle sorte qu’il et se trouve cette fois, par convention, obligé de s’exiler douze ans dans la forêt avec ses frères et Draupadî, ainsi qu’une treizième année parmi les hommes mais durant laquelle ils devront tous vivre cachés, sous peine de mort. Ces années, sont naturellement, remplies d’aventures.


Ici commence la deuxième partie de l’épopée qui traite de la guerre et qui couvre les chapitres cinq à onze. Après les douze années d’exil dans la forêt, les Pândava se font engager par le roi Virâta, sous de fausses identités et dans des emplois correspondant à d’autres états que le leur. Quand les Kaurava attaquent leur hôte, la treizième année est écoulée et ils révèlent leur identité en repoussant les assaillants. Cependant, malgré les accords passés et les objurgations de son entourage, Duryodhana refuse d’accorder le plus petit royaume à Yudhishthira : la guerre éclate désormais entre les deux camps, qui vont chacun rassembler une foule d’alliés.


Parmi les alliés possibles des deux partis, Krsna se détache, souverain de Dvaraka, lointain cousin de tous les descendants de Santanu. Bien que dans l’ensemble du poème il soit un prince comme les autres, un fait curieux le présente sous un éclairage particulier, il offre aux belligérants soit l’aide de son armée, soit la sienne seule. Duryodhana s’empresse de choisir l’armée ce qui fait que Krsna se retrouve de facto alié aux Pandava. Il devient le conducteur (suta) du char d’Arjuna. arjuna2Ce n’est qu’au livre VI, quand le combat est imminent, dans les dix-huit chants de la Bhaghavad Gita – donc un passage seulement du corpus entier et dont la rédaction est très tardive -, qu’il abandonne cette identité banale pour devenir l’incarnation de Visnu, l’avatara glorieux, dont la présence dans leur camp assurera la victoire aux fils de Pandu.


La bataille du Kurukshetra (Haryana) qui se déroule du livre VI au livre IX dure 18 jours au cours desquels presque toute l’humanité périt; de nombreux combats opposent les chefs, qui s’entretuent. Finalement, les Kaurava sont vaincus ; Duryodhana obtient que l’issue du combat dépende d’un duel l’opposant à un seul de ses cinq cousins : ce sera Bhîma, qui le tue sauvagement pour venger l’outrage fait à Draupadî lors de la partie de dés.


Cependant, Açvatthâman (un Kaurava), avatar de Shiva et fils de Drona, mort lui aussi, veut venger son père et son parti : au livre X  il massacre ses adversaires, dont les cinq fils que Draupadi avait eus de ses cinq époux, au cours d’une attaque surprise nocturne; mais les Pândava eux-mêmes, absents à ce moment-là, en réchappent.


A partir du livre XII, ce sont des suites de la guerre et notamment un discours que Bhisma (voir plus haut), mortellement blessé, tient à Yudhisthira désespéré devant tant de morts, dont presque tous sont ses proches. Avant de mourir, il prodigue à son neveu consolation et avis. Son discours se poursuit au livre XIII et il meurt enfin, cinquante-huit jours après avoir été blessé.


Yudhishthira règne ensuite dans la prospérité, après avoir consacré sa domination sur le monde par un « asvamedha », le sacrifice du cheval, rite solennel que seul peut accomplir un roi victorieux : c’est le thème du livre XIV. Quand il se sent vieillir, il lègue sa couronne à Parikshit, un petit-fils d’Arjuna et de sa deuxième épouse, et entreprend une longue marche vers le nord, qui le conduira finalement au paradis, où il retrouvera l’ensemble des protagonistes de l’épopée, restaurés dans leur statut divin. Ainsi, les quatre derniers livres relatent la mort de tous les héros sortis indemnes du combat : Dhrtarastra, son épouse, sa belle-sœur Kunti (dans un incendie de forêt), Krsna et son frère Balarama, enfin les Pandava. Yudhisthira, ses frères et Draupadi avaient entrepris un long voyage vers l’ Himalaya ; les uns meurent en route, mais tous finissent bien par parvenir au ciel d’Indra.


On vous avait dit qu’il y aurait des noms. Vous êtes servis. Mais au moins voilà située la Baghavad Gitâ dans son contexte.


INDRA

Indra



 


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