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Arjuna

 

 

Nous publierons régulièrement sur ce site des passages de La Bhagavad-Gîtâ , dans l’ordre de succesion du texte, dans la traduction de E-L. Burnouf (1861), produite en version numérique par Jean-Marc Simonet et disponible sur le site Internet de l’Université du Québec à Chicoutimi.

 

 

La Bhagavad Gita (IIe s. AC), « Chant du Bienheureux Seigneur », est un des longs passages spéculatifs insérés dans le Mahabharata, la grande Épopée indienne, mais sa composition et son inspiration en font un tout autonome. Elle expose l’enseignement métaphysique et mystique donné par Visnu, sous la forme de Krsna, à l’un des princes, héros de la guerre qui va mettre aux prises deux clans rivaux et apparentés, de la race lunaire régnant à Hastinapura, les Kaurava et les Pandava. Les premiers livres de l’Épopée décrivaient les causes lointaines du conflit. La Bhagavad Gita, elle, commence aux tout derniers moments qui précèdent le combat.

 

Arjuna, légalement troisième des cinq fils de Pandu, mais en réalité fils du dieu Indra, voyant devant lui les deux armées qui opposent les uns aux autres proches parents et amis, se sent pris d’une sorte de vertige : les armes lui tombent des mains et il expose ses doutes et son angoisse à Krsna, son parent et son suta (à la fois conducteur de char et barde). Celui-ci conserve tout d’abord ses apparences humaines ; il fait à Arjuna un devoir de combattre, puis, peu à peu, révèle être Visnu-Vasudeva, l’Absolu personnifié. Le texte, alors, en même temps qu’il exalte le Dieu suprême, prend l’allure d’un poème didactique, quoique parfois lyrique, sur les devoirs de caste et les moyens d’obtenir la libération hors du cycle des renaissances.

 

La Bhagavad Gita a eu et conserve encore de nos jours une grande importance dans la pensée indienne ; elle a connu une extraordinaire diffusion. Sauf dans certains milieux shivaïtes, elle a sa place dans tous les courants religieux brahmaniques ; on l’y considère comme un livre saint, à l’égal des Veda et des Upanisad, incluse dans la Révélation (sruti), alors que le reste du Mahabharata fait seulement partie de la tradition (smrti).

 

À cause de cette situation privilégiée, les plus grands philosophes lui ont consacré de nombreux commentaires, y compris Sankara que ses doctrines monistes auraient dû écarter d’un texte aussi piétiste. Parmi les plus célèbres vedantins, il faut citer aussi Ramanuja (XIe s.) et Madhva (XIIIe s.), qui s’inscrivent plus naturellement dans la ligne de la Gita. On ne peut non plus passer sous silence Abhinava Gupta (XIe s.), shivaïste du Kasmir, qui en a commenté les différents thèmes, ni la faveur que ce texte a connue dans les milieux de bhakti du Bengale aux XVe-XVIe siècles.

 

Plus près de nous, les penseurs religieux indiens des XIXe et XXe siècles – Râmakrishna et Sri Aurobindo, par exemple – ont également étudié la Gita. Mais il faut souligner plus encore l’influence qu’elle a exercée auprès des foules dont elle a depuis deux mille ans alimenté la piété.


 

I . Le Trouble d’Arjuna


 

 

Dhritarâshtra…


1      « Nos soldats et les fils de Pându, rassemblés pour combattre dans le champ saint de Kuruxétra, Qu’ont-ils fait, Sanjaya ? »


Sanjaya…


2      « A la vue de l’armée des Pândus rangés en bataille, le roi Duryôdhana s’approcha de son maître et lui dit :


3      « Vois, mon maître, la grande armée des fils de Pându rangée en ligne par ton disciple, le fils habile de Drupada.


4      Là sont des héros aux grands arcs, tels que Bhîma et Arjuna dans la bataille, Yuyudhâna, Virâta et Drupada au grand char,


5      Drishtakêta, Tchêkitâna et le vaillant roi de Kâci, Purujit, Kuntibôja et le prince Çævya,


6      Le valeureux Yudhâmanyu et l’héroïque Uttamaujas, les fils de Subhadrâ et de Draupadî, tous montés sur de grands chars.


7      Regarde aussi les meilleurs des nôtres, ô excellent brâhmane ; je vais te nommer ces chefs de mon armée, pour te faire souvenir d’eux :


8      Toi d’abord, puis Bhîshma, Karna et Kripa le victorieux, Açvatthâma, Vikarna, le fils de Sômadatta.


9      Et tant d’autres héros qui pour moi livrent leur vie ; ils combattent de toutes armes et tous connaissent la guerre.


10    Sous la conduite de Bhîshma, nous avons une armée innombrable ; mais la leur, à laquelle Bhîma commande, peut être comptée.


11    Que chacun de vous, dans les rangs, garde la place qui lui est échue, et tous défendez Bhîshma. »


12    Pour animer les cœurs, le grand aïeul des Kurus poussa un cri semblable au rugissement du lion et sonna de la conque.


13    Et aussitôt conques, fifres, tymbales et tambours résonnent avec un bruit tumultueux.


14    Alors, debout sur un grand char attelé de chevaux blancs, le meurtrier de Madhu et le fils de Pându enflèrent leurs conques célestes.


15    Le guerrier aux cheveux dressés enflait la Gigantesque ; le héros vainqueur des richesses, la Divine ; Bhîma Ventre-de-Loup, aux œuvres terribles, enflait la grande conque de Roseau ;


16    Le fils de Kuntî, Yudhishthira, tenait la Triomphante ; Nakula et Sahadêva portaient la Mélodieuse et la Trompe de pierreries et de fleurs


17    Le roi de Kâci au bel arc et Çikhandin au grand char, Drishtadyumna, Virâta et Sâtyaki l’invincible,


18    Drupada et tous les fils de Draupadî et les fils de Subhadrâ, aux grands bras, enflèrent chacun leur conque.


19    Ce bruit, qui déchirait les cœurs des fils de Dhritarâshtra, faisait retentir le ciel et la terre.


20    Alors les voyant rangés en bataille, et quand déjà les traits se croisaient dans l’air, le fils de Pându, dont l’étendard porte un singe, prit son arc,


21    Et dit à Krishna : « Arrête mon char entre les deux armées,


22    Pour que je voie contre qui je dois combattre dans cette lutte meurtrière,


23    Et pour que je voie quels sont ceux qui se sont rassemblés ici, prenant en main la cause du criminel fils de Dhritarâshtra. »


24    « Interpellé de la sorte par Arjuna, Krishna, « la chevelure hérissée, arrêta le beau char entre les deux fronts de bataille ;


25    Et là, en face de Bhîshma, de Drôna et de tous les gardiens de la terre, il dit : « Prince, vois ici réunis tous les Kurus ».


26    « Arjuna vit alors devant lui pères, aïeux, précepteurs, oncles, frères, fils, petits-fils, amis,


27    Gendres, compagnons, partagés entre les deux armées. Quand il vit tous ces parents prêts à se battre, le fils de Kuntî,


28    Ému d’une extrême pitié, prononça douloureusement ces mots :


Arjuna…


« O Krishna, quand je vois ces parents désireux de combattre et rangés en bataille,


29    Mes membres s’affaissent et mon visage se flétrit ; mon corps tremble et mes cheveux se dressent ;


30    Mon arc s’échappe de ma main, ma peau devient brûlante, je ne puis me tenir debout et ma pensée est comme chancelante.


31    Je vois de mauvais présages, ô guerrier chevelu, je ne vois rien de bon dans ce massacre de parents.


32    O Krishna, je ne désire ni la victoire, ni la royauté, ni les voluptés ; quel bien nous revient-il de la royauté ? quel bien, des voluptés ou même de la vie ?


33    Les hommes pour qui seuls nous souhaiterions la royauté, les plaisirs, les richesses, sont ici rangés en bataille, méprisant leur vie et leurs biens :


34    Précepteurs, pères, fils, aïeux, gendres, petits-fils, beaux-frères, alliés enfin.


35    Dussent-ils me tuer, je ne veux point leur mort, au prix même de l’empire des trois mondes ; qu’est-ce à dire, de la terre ?


36    Quand nous aurons tué les fils de Dhritarâshtra, quelle joie en aurons-nous, ô guerrier ? Mais une faute s’attachera à nous si nous les tuons, tout criminels qu’ils sont.


37    Il n’est donc pas digne de nous de tuer les fils de Dhrjtarshtra, nos parents : car en faisant périr notre famille, comment serions-nous joyeux, ô Mâdhava ?


38    Si, l’âme aveuglée par l’ambition, ils ne voient pas la faute qui accompagne le meurtre des familles et le crime de sévir contre des amis,


39    Est-ce que nous-mêmes ne devons pas nous résoudre à nous détourner de ce péché, quand nous voyons le mal qui naît de la ruine des familles ?


40    La ruine d’une famille cause la ruine des religions éternelles de la famille ; les religions détruites, la famille entière est envahie par l’irréligion ;


41    Par l’irréligion, ô Krishna, les femmes de la famille se corrompent ; de la corruption des femmes, ô Pasteur, naît la confusion des castes ;


42    Et, par cette confusion, tombent aux enfers les pères des meurtriers et de la famille même, privés de l’offrande des gâteaux et de l’eau.


43    Ainsi, par ces fautes de meurtriers des familles, qui confondent les castes, sont détruites les lois religieuses éternelles des races et des familles ;


44    Et quant aux hommes dont les sacrifices de famille sont détruits, l’enfer est nécessairement leur demeure. C’est ce que l’Écriture nous enseigne.


45    Oh ! non savons résolu de commettre un grand péché si, par l’attrait des délices de la royauté, nous sommes décidés à tuer nos proches.


46    Si les fils de Dhritarâshtra, tout armés, me tuaient au combat, désarmé et sans résistance, ce serait plus heureux pour moi. »


Sanjaya…


47    « Ayant ainsi parlé au milieu des armées, Arjuna s’assit sur son char, laissant échapper son arc avec la flèche, et l’âme troublée par la douleur. »


Suite : Le Yoga de Science Nouvelle (bientôt)


 

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